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REGARD SUR ROMANOW
commentaires sur le rapport de la Commission Romanow sur les soins de santé au Canada
par Robert Daniel

Cet hiver, les Snowbirds ne seront pas les seuls Canadiens à penser aux coûts et à l'accessibilité des soins de santé. Il y a de ça 18 mois, le premier ministre Chrétien nommait Roy Romanow à la tête d'une commission d'enquête parlementaire sur l'avenir des soins de santé au Canada. Après 21 jours d'audiences publiques dans 18 villes, 15 ateliers et tables rondes d'experts, 640 documents officiels et 15 millions $ de fonds publics, la Commission a publié le rapport tant attendu, intitulé, Guidé par nos valeurs : l'avenir des soins de santé au Canada. Dans tout le pays, les Canadiens, désespérant de trouver des solutions capables de restaurer notre système de soins de santé au rang de fierté nationale, retiennent leur souffle. Maintenant, les questions sont : Que nous a apporté ce rapport historique? Est-ce que cela en valait la peine? Est-ce que les Canadiens s'y rallieront?

Relevant directement du premier ministre, la Commission Romanow a accompli la tâche écrasante d'étudier les défis à long terme que nous devrons relever pour assurer la viabilité du régime d'assurance-maladie financé par le gouvernement canadien. Dès le début, il est apparu clairement que M. Romanow, ancien premier ministre N.P.D. de la Saskatchewan, lieu de naissance du régime d'assurance-maladie, ne ferait aucune recommandation qui serait radicalement contre le statut quo établi ou qui suggèrerait tout genre de renonciation à notre engagement envers un système financé par l'État qui limite rigoureusement la participation du secteur privé. Cela ne veut pas dire que le rapport final de M. Romanow ne contient pas de recommandations importantes qu'il serait légitime de prendre en considération, mais cela pourrait nous rappeler la vieille blague qui dit qu'un consultant est quelqu'un qui emprunte votre montre pour vous dire l'heure.

Le rapport final de la Commission contient 47 recommandations qui semblent ancrées dans une campagne passionnée dont l'objet est de convaincre les Canadiens que leur régime d'assurance-maladie financé par les fonds publics continuera à prospérer aussi longtemps que nous verserons plus d'argent, que nous donnerons plus de pouvoir à l'administration fédérale d'en contrôler notre utilisation et que nous choisirons nos domaines de croissance avec précaution. Voici certains des points saillants du rapport :

  • Actualiser la Loi canadienne sur la santé et établir un
    « Pacte canadien sur la santé » pour exprimer les valeurs canadiennes;
  • Établir un nouvel organisme fédéral qui surveillerait le rendement des systèmes de santé provinciaux, réglerait les litiges, exercerait une forme de consultation avec le public et les intervenants de la santé, et ferait des recommandations aux provinces pour mieux intégrer les programmes de formation en soins de santé;
  • Établir un nouveau Transfert canadien en matière de santé, en espèces, sur plusieurs années (5 ans);
  • Augmenter de 15 milliards $ le financement du fédéral aux provinces au cours des trois prochaines années puis le maintenir à un minimum de 25 % du coût des services de santé assurés en vertu de le Loi canadienne sur la santé;
  • Créer cinq nouveaux fonds ciblés pour traiter des priorités immédiates jusqu'à ce que soit atteint le seuil fédéral minimum de 25 % en 2005-2006. Cela comprend l'amélioration de l'accès aux soins dans les collectivités rurales et éloignées; la réduction des temps d'attente pour les services diagnostiques comme les IRM et les tomodensitogrammes; l'amélioration des soins primaires et la disponibilité et la répartition des professionnels de la santé; l'élaboration du fondement d'une stratégie nationale de soins à domicile; un nouveau transfert de financement qui aiderait les provinces à couvrir de larges portions des coûts exorbitants des régimes d'assurance-médicaments.

Parmi les autres recommandations dignes d'être mentionnées on trouve :

  • Créer une base de données électronique sur les dossiers médicaux personnels;
  • Faire la promotion de la santé en améliorant les stratégies gouvernementales de promotion de l'activité physique;
  • Créer une stratégie nationale de vaccination.

Ces recommandations tentent d'apporter une solution aux nombreux défis que doit relever notre système de santé. Elles mettent en place une approche ambitieuse visant à faire avancer d'importantes questions. Pour cela, toutefois, le ralliement du gouvernement et des citoyens sera crucial. Malheureusement, il apparaît rapidement que la direction suggérée par Romanow ne convaincra pas entièrement et que les citoyens vont bientôt s'interroger sur les lacunes des résultats de la Commission. Bien que les domaines d'application des nouveaux investissements soient très bien choisis, il n'est pas clair comment la Commission a pu laisser dans l'ombre d'autres points importants du système comme les soins aux malades chroniques, les soins de longue durée en établissement et les soins de santé mentale. Il semble que plus on dépasse les slogans, plus il est facile de critiquer les recommandations de Romanow, de leur trouver des faiblesses et de les expliquer.

Tout d'abord, les déclarations visionnaires et les bons sentiments qui imprègnent la page 256 du rapport ne feront pas grand-chose pour la santé des gens ni pour réduire les longues périodes d'attente ou pour accroître les options de mieux-être. Romanow a travaillé très fort pour protéger la fierté nationale à l'égard du système de santé, mais il fait peu pour reconnaître que le système pourrait ne pas être à la hauteur de nos espérances. Bien que le Canada ait une des plus solides économies du G-7, dernièrement, l'Organisation mondiale de la Santé a classé notre système de santé derrière 30 pays. La Commission perpétue un faux sentiment de sécurité sur la force de notre système.

Le régime d'assurance-maladie du Canada a été créé à un moment où la majorité de nos citoyens étaient jeunes et en santé. Les enfants du baby boom les plus âgés étaient encore dans la vingtaine, l'économie était en expansion et les gouvernements n'avaient aucun scrupule à créer des déficits considérables en dépensant au-delà de leurs moyens pour gagner la faveur des citoyens. Aujourd'hui, les perspectives sont extrêmement différentes. Les coûts des soins de santé ont augmenté, la population est proportionnellement plus âgée, le besoin de soins s'est accru et la révolution technologique a donné un tel nombre d'options que les attentes des consommateurs en matière de soins médicaux sont terriblement exigeantes et ruineuses.

De plus, les citoyens acceptent de moins en moins que les gouvernements dépensent à tort et à travers sans penser à l'impact sur les futures générations. Dans une économie globale, contrôler les déficits n'est plus un luxe mais une priorité. Malgré ces problèmes bien documentés, Romanow semble balayer l'idée que le système pourrait ne pas être viable dans sa forme actuelle en nous disant qu'il s'agit simplement de faire des choix et de mettre en œuvre des mesures d'imputabilité plus sévères. Plusieurs y voient une attitude naïve et curieusement protectrice du statut quo. D'autres trouvent dérangeante la suggestion de continuer à limiter leurs options de soins pour ne pas perturber les idéologies.

La suggestion que le gouvernement fédéral trouvera des milliards de dollars pour de nouveaux financements dans un surplus limité cumulé ces dernières années manque dangereusement de vision. Elle ignore complètement les autres pressions, notamment celles de l'éducation, des programmes sociaux, de l'environnement, de la recherche et du développement, de restauration des forces armées et du remboursement de la dette, pour n'en nommer que quelques-unes.

De plus, il n'y a aucune garantie qu'une nouvelle injection d'argent apportera un quelconque changement tangible dans les services de santé. Au vu de la demande croissante de soins de santé ces cinq dernières années, les augmentations proposées par M. Romanow apparaîtront bientôt extrêmement sous-estimées. Elles n'égratigneront même pas la surface d'un système qui dépense actuellement 100 milliards de dollars par an et qui laisse les coûts s'élever sans cesse. Les nouveaux financements sont trop facilement avalés par les monstrueuses dépenses publiques et digérés avant même qu'on s'en rende compte par la hausse des salaires, l'administration et la mauvaise gestion. Elles font également peu pour rallier les gens ou leur redonner confiance. Quelques heures après la publication du rapport, les critiques annonçaient déjà que les gouvernements provinciaux trouveraient les augmentations proposées insuffisantes et qu'il leur faudrait trop longtemps pour améliorer les services.

M. Romanow semble avoir raté une occasion unique d'insérer de véritables innovations dans la gestion de notre système de santé. La quantité de commentaires recueillie dans le public et l'énergie et l'argent investis dans ce projet aurait sûrement pu produire des recommandations plus imaginatives qui auraient donné plus d'économies et une plus grande viabilité. On en trouve un exemple dans la lettre ouverte écrite à Roy Romanow par Ellen White, présidente de l'Association canadienne des Snowbirds. Elle disait simplement que lorsque les « snowbirds » partent passer l'hiver au sud, ils réduisent considérablement le fardeau qui pèse sur le système de santé, et suggérait que cette activité qui est une promotion de la santé justifie donc une meilleure législation qui faciliterait cette « migration » des aînés canadiens. Bien sûr, ce n'est pas la seule suggestion, ce n'est qu'un exemple dans un océan d'innovations rentables, imaginatives et pratiques qui semblent avoir été ignorées dans le rapport de la Commission. Il faut comprendre que promouvoir la santé et le mieux-être va beaucoup plus loin que de conseiller un peu d'exercice.

Les recommandations faites par Roy Romanow, ancien premier ministre N.P.D., sont surtout une recette pour dépenser de nouveaux financements et créer de nouveaux organismes gouvernementaux à Ottawa qui surveilleront leur utilisation. On demande aux Canadiens de croire qu'il faut créer un nouveau Conseil de la santé du Canada qui aura les compétences et la capacité de produire des résultats que Santé Canada, les ministères de la santé provinciaux et tous les organismes qui s'y rattachent n'ont pu obtenir jusqu'à présent. Il est également évident que les provinces comme le Québec et l'Alberta s'opposeront à ce que le financement fédéral dépende d'un nouvel organisme d'Ottawa, mais elles ne seront pas les seules. Il est clairement stipulé dans la Constitution que la santé est de la responsabilité des provinces et les Canadiens se méfient de plus en plus des solutions qui proposent de créer plus de bureaucratie gouvernementale et de paperasserie.

Les documents qui donnent des lignes directrices comme le rapport final de la Commission Romanow sont souvent remplis de grandes déclarations derrière lesquelles se rassemblent politiciens et idéologues. Malgré ça, on peut toujours espérer trouver de véritables solutions entre les lignes. Les Canadiens de tout le pays attendaient impatiemment un rapport final de la Commission qui aurait la force et le courage d'offrir des solutions capables d'instaurer de véritables changements et de redonner à tous confiance dans le système de santé national. Certains diront que c'est très loin de ce qu'ils ont reçu. Pour utiliser une analogie médicale, M. Romanow a fait le bon diagnostic mais n'a donné que peu d'ordonnances pratiques. Les critiques qui sont faites ici ne sont qu'un pâle reflet de l'étude minutieuse que le rapport devra endurer dans les prochains mois. Ce qui est certain, c'est que la confiance nationale ne naîtra pas de discours et de rapports, mais seulement d'une série d'expériences nouvelles et améliorées quand les personnes et leurs familles pourront dépendre d'un système qui leur offrira tout ce qu'il a promis. Seule la rumeur collective sur les mesures prises dans les années à venir décideront du succès de ce rapport, les débats n'y changeront rien.CSA logo solo/small


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