Discussion frontalière
LAssociation canadienne des « Snowbirds » (CSA) a été initiée au monde politique du Service américain de limmigration et de la naturalisation (SIN) (Immigration and Naturalization Service - INS) à la mi-avril, lorsque la CSA a été alertée par un article du journal The St. Petersbrug Times. Larticle relatait un changement proposé à la réglementation des visas pour visiteurs du SIN. Lamendement proposé a paru dans le Federal Register américain le 12 avril 2002.
Ces changements devaient affecter les personnes détenant un visa de visiteur B-2 ainsi que les personnes désirant étudier aux États-Unis avec un visa détudiant. Selon la réglementation proposée, la période dadmission minimale pour les visiteurs dagrément B-2 serait éliminée et la période maximale présente des visiteurs B-1 et B-2 serait réduite dun an à six mois.
Comme ça a toujours été le cas, les autorités frontalières détermineraient qui peut passer la frontière et pour combien de temps. « Selon la règle proposée, les visiteurs daffaires B-1 et les visiteurs dagrément B-2 se verraient accorder une période dadmission correspondant précisément au but déclaré de la visite
La responsabilité appartient à larrivant dexpliquer adéquatement au représentant du service dinspection la nature précise de sa visite pour que celui-ci puisse déterminer la période de séjour à accorder. »
Cest la disposition déclarant : « Lorsquil y a ambiguïté concernant la durée juste et raisonnable de la période dadmission dans les circonstances, un non-immigrant B-1 ou B-2 doit être admis pour une période de 30 jours » qui a vraiment attiré lattention de la CSA.
Essentiellement, le voyageur qui se présente à la frontière déclarerait la durée souhaitée et le but de son voyage. Seules les personnes qui ont une propriété aux États-Unis ou qui loccupent de façon saisonnière peuvent espérer une prolongation. Les propriétaires de véhicules de plaisance et les locataires nauraient aucun recours. Lagent des douanes peut leur donner la permission pour la période demandée ou seulement pour une période de temps stipulée, de 30 jours ou plus. Dans ce cas, si la durée accordée est moindre que la durée souhaitée, le voyageur peut demander par écrit une prolongation pendant son séjour aux États-Unis. Le garde-frontière aurait plein pouvoir pour évaluer la durée du voyage et tout dépendrait de son jugement.
Cette façon de faire contient plusieurs aspects ambigus. Les citoyens canadiens nont pas besoins de visa « de papier » pour traverser la frontière. Historiquement, cependant, les gardes-frontière ont utilisé les mêmes critères utilisés pour les visiteurs B-2, à savoir de supposer quils sont des personnes résidant au Canada, pays quils nont aucune intention dabandonner, qui visitent les États-Unis de façon temporaire par agrément, et qui ont assez dargent pour subvenir à leurs besoins au cours de leur séjour.
La CSA a immédiatement communiqué avec le ministère des Affaires étrangères et du Commerce international du Canada (MAECI). Le 19 avril, le ministère a souligné son interprétation de la situation à ce moment-là : Les Canadiens nont pas besoin de visa pour les visites temporaires et le SIN a promis à lambassade du Canada à Washington quune note de service à cet effet serait distribuée aux autorités frontalières.
Une simple note de service surtout quand il sagit dun document interne nest pas suffisante pour la CSA. On peut sattendre quen cas de conflit, le garde-frontière consulte les règlements pour vérification, mais ceci est laissé entièrement à sa discrétion. Comme les règlements proposés ne contiennent rien précisant spécifiquement que les citoyens canadiens seraient exemptés, la CSA sest mise à planifier une méthode pour régler la situation.
Une première lettre a été envoyée au SIN avec copie aux gouverneurs, chambres de commerce, bureaux de tourisme et services dexpansion économique des États du Sud américain, faisant valoir lincidence économique des « Snowbirds » sur les collectivités où ils passent lhiver. On a ensuite procédé à une campagne intensive dappels téléphoniques. Il est surprenant de constater que dans plusieurs cas, cette lettre constituait la première nouvelle que ces entités avaient eue de la réglementation proposée.
Notre deuxième communication avec le SIN a pris la forme dune lettre du conseiller juridique de la CSA, Wallace Weylie, qui est un avocat très respecté en matière dimmigration américaine. Cette lettre donnait lhistorique de la situation et proposait un libellé qui clarifierait le statut des Canadiens en regard du règlement proposé. Cette fois-ci également, copie de cette lettre fut envoyée aux personnes les plus touchées par les dollars de tourisme des « Snowbirds ».
Des communiqués aux médias ont été envoyés dans tout le Canada et les États-Unis avec des messages très différents. Aux médias canadiens, nous disions notre optimisme quant aux fait que ces changements naffecteraient pas les Canadiens. Aux Américains nous parlions de lincidence économique des « Snowbirds » sur leurs lieux de villégiature et de leffet que la perte de ce tourisme aurait sur les États du Sud.
Finalement, une troisième pièce de correspondance a été préparée uniquement à lintention des personnes qui avaient reçu copie de la lettre précédente, leur donnant un résumé des objectifs de la CSA.
Les résultats ont été électrisants. LAssociation canadienne des « Snowbirds » a reçu des appels téléphoniques et des lettres dappui. Le bureau du gouverneur Jeb Bush a été le premier à répondre avec une lettre au SIN faisant valoir que la Floride ne veut pas perdre ses voyageurs internationaux. Cette lettre a été suivie par lappui du maire de Fort Lauderdale, lhonorable Jim Naugle. La Chambre de commerce de Californie sest jointe au débat, comme le Texas Department of Economic Development. Le gouverneur du Texas Rick Perry a fait quelques appels téléphoniques judicieux en notre nom. Le sénateur Bob Graham de Floride a bien résumé la situation dans sa lettre au SIN : « Un résident dhiver en bonne et due forme de Floride nest pas une menace à la sécurité du fait quil habite dans notre État pendant cinq mois. Un terroriste en bonne et due forme a le potentiel de constituer un risque pour notre sécurité même sil ne reste dans notre État que quelques heures. »
La célèbre émission de nouvelles « 60 Minutes » était prêt à diffuser un topo à la fin davril sur une filière Al-Qaida canadienne. Comme il ne restait que deux semaines avant la date limite du débat public du SIN, la CSA craignait que ce programme ne conditionne lopinion publique à lencontre des touristes canadiens. Nous avons envoyé une lettre au producteur de lémission expliquant notre position et nos inquiétudes. Bien que lémission ait été présentée comme prévu, la producteur a téléphoné à la présidente Ellen White avant la diffusion de lémission et il semble que celle-ci na pas eu beaucoup deffet sur la situation.
À la mi-mai, un porte-parole du SIN a confirmé dans plusieurs articles de journaux que ces nouveaux règlements affecteraient effectivement les Canadiens. En privé, ce même porte-parole a assuré la CSA que les Canadiens jugés admissibles aux États-Unis nauraient pas de problème à réaliser leurs projets dhiver. Il a affirmé que les maximums de 30 jours constitueraient lexception plutôt que la règle. Jusquà la mi-mai, les inquiétudes de lAssociation canadienne des « Snowbirds » avaient pris tellement dampleur que la question a rejailli dans les discussions de commerce international. Les reporters qui assistaient aux négociations commerciales de Buffalo (New York) ont téléphoné à la CSA pour nous demander les questions auxquelles nous aimerions quon réponde. Lors de cette réunion, le vice-premier ministre John Manley a reçu lassurance du directeur de la Homeland Security américaine, Tom Ridge, que les Canadiens seraient exemptés du règlement proposé. Bien que beaucoup aient cru la question résolue, il y avait encore un obstacle à surmonter aucune de ces assurances navait été couchée sur papier.
Le 18 juin, la CSA a reçu un appel de notre ministère des Affaires étrangères et du Commerce international (MAECI) invitant la présidente Ellen White et la directrice exécutive Heather Nicolson-Morrison à témoigner devant le House Small Business Committee, à Washington, le jour suivant. Ce comité étudiait lincidence possible de la réglementation proposée du SIN.
Le matin suivant, Ellen White a pris place parmi les autres présentateurs sur la colline du Capitol. Le gouverneur Jeb Bush devait témoigner par vidéo. La Dre Pamella Dana, directrice du Florida Office of Tourism, Trade and Economic Development, a présenté son témoignage et mentionné que lAssociation canadienne des « Snowbirds » avait portée la question à son attention.
Grâce à la ténacité dEllen White, au cours de la période finale de questions et réponses, le président du comité, le représentant Donald Manzullo, a demandé au président du SIN James Ziglar de préparer, avec laide de la CSA, une lettre déclarant que les Canadiens admissibles à traverser la frontière américaine étaient exemptés de cette législation.
Une des suites de cette comparution a été une invitation de lAssemblée législative de lOntario. Le ministre des Affaires civiques et ministre délégué aux Affaires des personnes âgées, lhonorable Carl DeFaria, a présenté Mmes White et Nicolson-Morrison aux membres de lAssemblée. Dans sa présentation, il a déclaré que la CSA avait été déléguée à Washington et que « ces redoutables dames » avaient été reconnues et applaudies pour leurs efforts au nom des voyageurs canadiens.
Une première ébauche de la lettre du SIN a été envoyée aux bureaux de la CSA pour approbation et lon a trouvé que son expression était plutôt vague. Avec laide de notre conseiller juridique, nous avons rédigé de nouveau ce document et y avons ajouté une section assurant « la prestation de directives et de clarifications pour nos inspecteurs dans leur traitement des Canadiens qui passent la frontière ». Le SIN a approuvé nos modifications.
Bien quon nous ait déjà dit que les documents internes ne pouvaient être rendus publics, nous avons depuis appris que le SIN va partager ce document avec la CSA.
LAssociation canadienne des « Snowbirds » considère lexistence de cette lettre comme une victoire, mais non comme la fin de la guerre. Nous poursuivrons nos efforts pour que le statut des Canadiens soit clarifié dans la réglementation et pour que les inspecteurs frontaliers reçoivent des directives claires et concises concernant ladmission de nos membres aux États-Unis. Cette lettre ne représente quun palliatif temporaire pour clarifier le traitement des voyageurs Canadiens aux points de passage frontalier. La CSA veut que le libellé permanent assure que nos futurs plans dhiver ne soient pas perturbés par le simple caprice dun inspecteur frontalier. |