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Excursions

Il y avait de la fébrilité dans l’air lorsque notre navire jeta

l’ancre près de l’île de Sable. Avant de nous embarquer

sur les Zodiacs qui nous mèneraient à l’île, nous devions

toutefois écouter les instructions strictes de notre chef

d’expédition. « Videz vos poches et vos manchettes de

toute matière végétale. Récurez vos chaussures dans le

bac d’eau à l’arrière du bateau pour ne pas introduire de

graines ni d’organismes sur l’île. » Oui, chef!

La marche sur l’île de Sable est très différente de celle

dans les grands parcs nationaux. Il n’y a aucun sentier

balisé. Pas de signalisation. Encore moins de marches

ou de rampes en bois. Pour réduire notre impact sur

le fragile écosystème, notre groupe d’un peu plus de

100 personnes se divisa en plus petits groupes selon les

intérêts et capacités physiques de chacun. Nous pouvions

faire une visite courte, moyenne ou longue, chacune

étant fascinante, puisqu’au fil de la randonnée, les guides

présentent la géologie, la flore, la faune et l’histoire de l’île.

Nous avons choisi la boucle de deux heures, un aller-

retour jusqu’au sommet de la dune chauve. À 28 mètres

de hauteur, cette dernière, qui s’élève au milieu de l’île,

en est le point culminant. Lors de l’ascension, nos pieds

s’enfonçaient dans le sable ocre et mou. Mais ce n’était

pas exténuant pour autant, car nous faisions souvent une

pause pour observer les oiseaux et les chevaux, dont ce

poulain enjoué trottant en cercles autour de sa maman qui

broutait.

Du haut de la dune chauve, l’œil aperçoit à la fois la plage

nord, où nous avions débarqué, la plage sud, la crête de

dunes ondulées et sa végétation éparse qui s’étend sur

toute la longueur de l’île, ainsi que des troupeaux de

chevaux sauvages en pâture dans la lande. Malgré les

grands vents, nous savourions chaque bouffée de cet air

si pur.

Pourquoi y a-t-il tant de sable sur l’île… de Sable? Notre

guide raconte qu’à l’origine, le sable fut déposé par les

rivières formées par le retrait des glaciers. L’île d’une

longueur de 42 kilomètres refuse de rester immobile et se

déplace au gré des courants, des vagues et des vents.

Quand nous sommes descendus vers l’intérieur

verdoyant, le directeur du parc, Jonathan Sheppard, nous

demanda de rester ensemble et de marcher en file sur

les sentiers des chevaux pour minimiser nos empreintes,

nous rappelant la politique du parc de ne pas perturber les

chevaux qui broutaient autour de nous.

Jane Goodall, version

canadienne

Zoe Lucas, qui vit plusieurs mois par année sur l’île,

nous a accompagnés, répondant à nos questions sur les

chevaux. Zoe est aux chevaux de l’île de Sable ce que Jane

Goodall est aux chimpanzés. Toutes deux ont consacré

leur vie adulte à la recherche et militent farouchement

pour les espèces qu’elles ont étudiées.

Zoe estime à 500 la population de chevaux en liberté, mais

elle en a déjà vu le nombre chuter à 150 après un hiver

terrible. « Ils doivent lutter pour survivre l’hiver parce que

la végétation meurt et est donc de moins bonne qualité »,

observe-t-elle.

Zoe ajoute que l’histoire voulant que la présence des

chevaux sur l’île résulte d’un naufrage est un mythe.

En fait, un révérend de Boston les introduisit sur

l’île en 1737-1738. Puis Thomas Hancock, qui avait

transporté vers les colonies de la Nouvelle-Angleterre des

Acadiens expulsés de la Nouvelle-Écosse lors du Grand

Dérangement, expédia cinq douzaines de leurs chevaux

vers l’île en 1760. Entre 1801 et la fin des années 1940,

plusieurs furent capturés pour être vendus à Halifax.

En 1960, des gens qui croyaient que les chevaux nuisaient

à l’environnement de l’île proposèrent de les décimer pour

en faire de la nourriture pour animaux de compagnie,

ce qui poussa des milliers d’enfants à écrire au premier

ministre Diefenbaker pour l’enjoindre de sauver les

chevaux. « Au lieu d’être envoyés à l’usine à colle, ils

devraient être libres comme le vent », clamait une des

lettres.

Le gouvernement Diefenbaker adopta la

Loi sur la marine

marchande du Canada

en 1961, accordant du coup

une protection juridique aux chevaux de l’île de Sable.

Zoe Lucas, chercheuse

et résidente, île de Sable

Marche sur la « plage d’atterrissage »

Troupeau familial de chevaux sauvages

Ascension de la dune

chauve

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